samedi 21 novembre 2009
Borderline

Encore me cogne le peu de liberté
contre la cage oppressante des mots,
aux barreaux tordus d'un piège tordu
qui sans cesse referme sur mes fragiles
sa mâchoire de vieux fer et de sanglots.
Me broie. Mal partout. Et ma cervelle gicle
par l’orbite énuclée de l'œil qui rêva.
Fou, je deviens à déchirer ma gorge d'orages
bondir tête première contre les murs instables
et réduire les battements du coeur à un râle.
Dieu d'amour imbécile, lâche-moi que je m'évade
aux reflets des miroirs incassables,
que j'échappe à mon âme de pardon
pour me ruer nue, ruisselante et sauvage
dans la bouche de mon démon
.
.
Désirée Thomé 2007
en compagnie de Gustav Adolf MOSSA: "Elle"
L'Ours
Elle l'avait jeté !
Du balcon gendarmé de barreaux de bois au quatrième perché, je le voyais mon pauvre transitoire. Mon invalide d'amour. Ma gueule cassée. Bien sûr, il était borgne en plus d'être manchot. Même, au fil des ans, il avait développé une inquiétante pelade à force de caresses. Certes, de nos jours, il aurait été condamné sans appel par Monsieur Norme Française, oui, oui, il était vraiment très laid, cabossé par sa vie d'intrépide. Mais qu'importe le flacon pourvu qu'on ait le réconfort. Et surtout, c'était le mien. Mon ours.
Et pour l'heure, il gisait tragique, sur le couvercle gris de la poubelle...
Et la voilà, la gosse de quatre ans, moins haute qu'une botte de son père - ces affreuses jambes de grenouille qu'il chausse pour la péche- dévalant ventre à terre le dangereux colimaçon de l'escalier. Le cœur battant à se rompre de l’imminence de la perte, elle s'en va sauver le naufragé du rebut.
Puis, elle cache le clandestin dans la pièce débarras où elle perpétre d'ordinaire ses forfaits. Cette pièce aux murs nus sans chauffage que l'hiver lui interdit. Étrange grenier improvisé, éclairé par une fenêtre ouverte elle-même sur un lieu clos. Un puit de lumière étroit fermé tout en haut par une verrière, ménagé entre plusieurs vieilles bicoques. Lorsqu'elle s'y penche, à deux mètres en-dessous elle entre chez le voisin. C'est dans cette pièce qu'elle apprends la cuisine. Un peu d'eau et de farine volées qu'elle touille soigneusement en bouillie élastique pour nourrir son baigneur qui n'est pas difficile. Parfois, elle oublie cette tambouille, elle peut alors observer avec des airs scientifiques, la belle chevelure verte qui pousse allègre dans les menues assiettes en porcelaine.
Le sursis dure quelques jours, mais la mère est suspicieuse. Et puis, elle connaît bien l'enfant qui ne sait pas dissimuler sa culpabilité. Elle les surprends embrassés, et la lionne se hérisse de colère. Elle crie, la môme lui tient tête, mais la raison du plus fort est la raison du plus fort. « Moche et sale, nid à microbes » La sentence est tombée. Elle repart avec le condamné sous le bras, poursuivie par des hurlements d'écorchée et des suppliques.
Elle descend les quatre étages presque sans toucher terre, comme un ange vengeur porté sur l'aile du courroux. Il n'est pas dit que l'enfant ne pliera pas sous sa loi.
Mon ours, mon précieux, est enfourné sans ménagement dans la gueule noire de la poubelle. D'en haut, je le vois disparaître, me jurant d'aller le récupérer dès qu'elle aura le dos tourné. Las ! les éboueurs n'étaient pas encore passés. Ils arrivent sur ces entrefaites, l'un d'eux ouvre la poubelle et apercevant le vieux plantigrade, l'en retire, parle à son collégue, et fourre l'ours dans le grand sac où il entasse tous ces trésors qu'on jette. Horreur !
Mon ours est perdu pour toujours. 
Photo crédit Datarec
Douce France
vendredi 20 novembre 2009
Ambivalences
Trop belle pour toi
trop de rires au soleil, trop rouge, trop brûlante
trop d'étoiles baignées, noyées au fond des yeux.
Trop étroite sa route, ses codes et ses lois
trop sottement loyale, elle ne triche pas.
Pas de calculs, pas d'as dans ses manches
sa langue n'est ni de serpent ni de bois,
quand elle dit qu'elle aime, elle regarde droit.
Pas assez de mensonges, de tours et de détours,
trop rigide, verticale, trop flamme, trop foi.
Pas assez de nuit, pas assez de boue, trop d'eau,
pas assez sexe, pas assez soue, jamais elle ne boit.
Pas assez sombre, pas assez d'ombres.
Trop belle pour toi
trop douce, trop tendre, trop caressante
cruelle, exigeante, sans demi ni mesure,
trop puissante, incontrôlable, un geyser de vie
trop violente, insaisissable, du mercure qui tue
trop chaude et trop froide,
et puis trop sensuelle, sous l'éclat de la vertu.
Trop enfermée dans ses refuges et ses refus
trop effrayée, trop sensible, trop blessée
écartelée, écorchée, théorème de Didon
chair jetée, âme donnée dans un grand cri de joie
à l'éternité qui est si belle
bien trop belle pour toi...
Désirée Thomé 2007
En compagnie de Bouguereau. Toile étonnante s'il en est, c'est l'homme qui est nu, en position d'infériorité, quémandant l'amour d'une belle qui joue au "pte bin qu'oui, pte bin qu'non". Bref, ça s'appelle "Idylle".
mercredi 18 novembre 2009
Lux
Petit frère,
j'étais avec toi
comme une enfant jouant
dans une flaque de soleil.
J'avais cru te voir luire
tel un aster
au pied sombre des grands arbres,
et mon âme soudain, sentait l'herbe coupée.
En mon corps de roseau penché,
glissait l'eau claire de ta parole calme,
j'avais soudain moins soif
et la solitude enfin prenait congé.
Petit frère,
j'ai cru à ta bonne lumière
mais en partant, tu l'as toute emportée
et m’as laissée seule
dans l’obscurité.
.
Désirée Thomé 2008
Bobin et la mélancolie
"Il faut que je vous fasse un aveu: longtemps je ne vous ai pas aimée. Longtemps je n'ai pas aimé vos soeurs. Un ciel délivré des ombres c'était l'horreur pour moi. Je n'appréciais que les temps gris, et cela en raison de la mélancolie en moi, de l'insecte de mélancolie qui cheminait en moi comme dans une souche creuse, vermoulue. C'est une maladie qui affecte l'esprit d'autant plus sûrement qu'il craint de s'en défaire: le mélancolique est celui qui est persuadé d'avoir tout perdu - sauf sa mélancolie à quoi il tient farouchement. C'est la maladie de celui qui, dépité de n'être pas tout, choisit, par un revers enfantin de l'orgueil, de n'être rien, ne gardant du monde que ce qui lui ressemble: le morne et le pluvieux."
Christian Bobin in "l'Inespérée"
mardi 17 novembre 2009
Ma gazoute
Un matin, elle se lèvera, et je ne serai plus là.
Elle trouvera mes livres,
Ceux aux coins jaunis d’avoir été longtemps chéris,
Elle saura combien j’aimais la Poésie.
Elle lira aussi ces poèmes écrit pour elle,
Ces mots qui auront tentés, maladroits et si faibles
De lui dire cet amour qui m'anime, cet amour qui se donne
Ne demande, ni n’attend rien
Et ne se reprend jamais.
Peut-être alors, ce temps passé à coucher lumières et détresses
N’aura été ni volé ni perdu,
Puisqu’elle pourra y puiser un instant le réconfort,
La tendresse
la douce certitude d’avoir été aimée et reçue.
Désirée Thomé 2009
Tagatag Pakitanesque
La dame Pakiterette des montagnes pour fêter son année de blog a concocté un tag de derrière les fagots. Penchons-nous donc sur la conception, la gestation et l'accouchement qui ont présidés à la naissance de ce blog aux joues rondes!
Le blog à toi que t'as (ouiii?)
- Et pourquoi ce nom ?
Parce que j'aime bien le mot. Il y a "épi" et "épine" dedans. Et puis parce que c'est une hormone qui fait battre le coeur, qui peut te le péter mais aussi le sauver. Parce qu'il a un petit côté "gothique", sombre, un peu clinique. Et que j'étais très mal quand j'ai fondé ce blog. Aussi.
- Et pourquoi ce pseudo ?
C'est pas vraiment un pseudo. Enfin si, mais non. Longtemps j'ai écrit sous mon vrai nom. Et puis un jour prendre un nom d'emprunt pour écrire est devenu une nécessité. Tu comprends je commençais à être vachement connue, j'avais dix visites par jour, il fallait que je me préserve des paparazeurs, alors pif pof! je suis allée chercher...dans mon arbre généalogique. J'ai flashé tout de go sur le nom de mon aïeul -j'espère qu'il ne m'en veut pas- Désirée le nom parfait pour la voluptueuse de sévice. J'adore ce nom, je m'y suis coulée en plein dedans, j'y suis comme un poisson dans du Château-Lapompe. Si je publie papier un jour ce sera sous ce nom.
- Et pourquoi ce look ?
Si j'avais mis du rouge sur les murs, en plus de mes humeurs d'écrivante atrabilaire c'aurait été invivable. Fallait que j'ai l'air calme et gentil, sobre. Hin hin. Je vous ai bien eu!
- Et pourquoi ce genre ?
L'écriture c'est mon addiction. J'écris tous les jours quasiment. Même deux lignes, qu'importe la quantité pourvu que j'ai l'ivresse. Et la Poésie...c'était une infirmière sexy genre blonde à forte poitrine, puis c'est devenue l'amour de ma vie. Même si je suis complètement obsessionnelle et que je relis souvent les mêmes auteurs, je les lis jusqu'à m'incruster les mots dans la cervelle, m'en barbouiller le coeur et le ventre. Alors littérature et poésie. Oui.
- Et pourquoi cet hébergeur ?
Parce qu'il me fout à peu près la paix avec ses pubs, qu'il est super cool et qu'il me laisse beaucoup de liberté. J'ai essayé plein de plateformes ovaireblog, blogger, hotelblog, 20six etc. Bin je suis encore là hein. Et je compte bien y rester. Je suis plutôt endogame que le contraire, et ma famille c'est Cb.
- Et à propos des commentaires ?
Les commentaires. Quand j'ai un gros coup de calcaire, de ces prises de conscience régulières à propos de la vanité de tout, je me dis que je devrai écrire et juste écrire. Balancer mes textes et puis voilà. Offrir, donner, sans retour. Parce que c'est plus noble. Quand j'ai ouvert Epi les commentaires étaient fermés, ce qui induit mes lecteurs en erreur (hihi Marmot) et leur donne à penser que mon génie n'est pas reconnu à sa juste valeur. ^^ En fait de temps en temps je refais monter à la surface des textes paru cet été parce que j'ai envie de connaitre votre sentiment. Je ne cherche pas le compliment, je cherche la résonance, l'écho. Ouh ça oui, la résonance c'est chouette, bien plus que les superlatifs. Même si c'est gentil les superlatifs. Mais la résonance, c'est beau....*rêveuse*. C'est comme si d'un coup on était relié par un lien indéfini magique et magnifique. Un lien lumineux qui dépasse nos petits carcasses périssables. Alors ça oui, j'adore, j'en fais mon miel.
- Et si tu pouvais changer Kikchose ?
Je vais sans doute mettre quelques albums photos de plus. Mais pour le moment je n'ai pas envie de changer quoi que ce soit à ce blog. On m'en a fait des compliments sur le forum CB en disant qu'il était aéré, élégant, lisible, donc je n'ai aucune raison de changer le look. Mais "jamais" est un mot qui n'est pas vraiment fiable dans ma maison.
- le nom ?
Nan.
- Le pseudo ?
Nan plus.
- Le look ?
Nan mais tu devrais pas insister lourdement comme ça...
- Le genre ?
Trans peut-être? Non, mieux! Androgyne. Parfait. Comme celui de Jodo. ^^
- L'hébergeur ?
Non plus.
- les commentaires ?
Va savoir. Bon ça y est, t'es satisfaite?? On peut aller se coucher? oufff! - Bon je passe la patate chaude à Marie (parce que ça m'intéresse ce qu'elle a à dire du blog la dame Rennard) Catherine, Domi tiens, Mu qui est malade mais pas des doigts si?? (taquine) et puis les nouveaux copains copines, Marmot qu'est beau? Erell la Celte? Cagire?? Il n'y a bien sûr aucune obligation, vous faites comme bon vous semble. (mais si tu n'envoies pas ce tag à 312 000 amis fessebouc tu seras maudit jusqu'à la 13 ème génération, ta belle-mère viendra loger chez toi avec ses chats et ta femme aura du poil au menton, ton mari te quittera pour Paris Hilton) (non mais)
lundi 16 novembre 2009
Entre tes mains
Quand tes mains se font douces sur ma peau ténue,
Que tes paumes me modèlent et me bordent
Que tu me rassembles au centre de tes caresses
Comme un sable de plage dispersé par la vague,
Et qu’ainsi je cesse d’être une femme en vrac.
Quand tes mains m’électrisent, mes atomes s’animent
Et s’attirent, fusionnent enfin, forment ma trame.
Quand tu me puises et me recueilles patiemment
Une à une
Au sombre de mes limbes, que tu me remets au monde
Dans l’espace clos de tes deux mains,
Je sais alors que je suis bien en vie.
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Désirée Thomé 2009
Oeuvre de A.Andrew Gonzales que j'adooore! "
Simplicité
J’aime mes mains de femme farine
De nourricière
De femme qui fait le pain.
J’aime mes mains qui font l’amour
En pesant le levain
Et l’eau dans la jatte, un peu d’huile de l’olive
Le sel marin.
J’aime nourrir les miens, leur donner à vivre.
L’humilité du pain qui croît et double
Tout au long du matin
Me gonfle le cœur et l’âme de la clarté vitale
De tout ce qui est simple et sain.
J’aime être la femme éternelle : je suis Eve qui fait le pain.
Désirée Thomé 2009
Photo personnelle.








